Révisé médicalement par le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier, chirurgien plasticien à Paris 8 — RPPS 10100674943. Dernière révision : septembre 2026.
DÉFINITION
La cicatrice d’exérèse est la trace de la réparation de la peau après le retrait chirurgical d’un grain de beauté (nævus). Elle apparaît parce que l’incision traverse le derme.
RÉPONSE COURTE
Toute ablation chirurgicale d’un grain de beauté laisse une cicatrice. Après une exérèse en fuseau, c’est une ligne dont la longueur vaut environ trois fois la largeur de peau retirée (lésion et marges) : elle est donc nettement plus longue que le grain de beauté. Rouge les premiers mois, elle mûrit sur environ un an ; beaucoup de cicatrices mettent deux à trois ans à pâlir. Une cicatrice qui s’épaissit ou déborde doit être montrée à un médecin.
Un grain de beauté doit vous être retiré, ou vient de l’être ? Voici pourquoi la cicatrice est plus longue que la lésion, comment elle évolue et quand consulter. L’intervention elle-même est décrite sur la page consacrée au retrait d’un grain de beauté à Paris 8e.
CHIFFRES CLÉS
- 3 pour 1 : rapport longueur/largeur habituel du fuseau d’exérèse [1].
- Environ 1 an : maturation d’une cicatrice d’incision (58 hommes volontaires suivis chaque mois) [2].
- 2,07 : rapport de cotes ajusté de retard de cicatrisation ou de réouverture de la plaie chez les fumeurs, toutes chirurgies confondues [3].
- 11,7 % des 145 nævus d’un essai randomisé ont récidivé, tous dans le groupe rasage, aucun après exérèse en fuseau (nævus intradermiques non pigmentés) [4].
Pourquoi l’ablation d’un grain de beauté laisse-t-elle toujours une cicatrice ?
Pour retirer un grain de beauté en entier, le chirurgien incise la peau sur toute son épaisseur. La plaie se répare avec un tissu cicatriciel, différent de la peau d’origine : la cicatrice est l’issue normale et inévitable de cette réparation [5]. Seules les plaies qui atteignent le derme réticulaire, la partie profonde du derme, peuvent donner une cicatrice hypertrophique ou une chéloïde [6]. Or une exérèse traverse toujours ce derme profond.
Aucune technique ne permet donc de promettre un retrait « sans cicatrice ». Le chirurgien cherche à la rendre fine et bien placée, sans sacrifier le prélèvement. Les tarifs et remboursements sont détaillés sur une page dédiée.
Pourquoi la cicatrice est-elle plus longue que le grain de beauté ?
Une plaie ronde ne se referme pas à plat : suturée en ligne droite, elle formerait un petit bourrelet à chaque extrémité. Le chirurgien découpe donc la peau en fuseau, c’est-à-dire une ellipse aux pointes effilées, dont le rapport longueur/largeur est le plus souvent décrit à 3 pour 1 dans la littérature dermatologique [1].

Ce rapport porte sur la largeur du fuseau, c’est-à-dire la lésion plus ses marges de peau saine. Pour une lésion suspecte de mélanome, l’Institut national du cancer (INCa) recommande fortement l’exérèse complète d’emblée, avec des marges cliniques de 2 mm [7]. Quand la sécurité du prélèvement le permet, l’incision suit les lignes de tension de la peau. Une lésion trop large pour une fermeture directe relève d’autres techniques de chirurgie réparatrice.
| Diamètre du grain de beauté | Largeur du fuseau (lésion + 2 × 2 mm) | Longueur approximative (× 3) |
|---|---|---|
| 3 mm | 7 mm | environ 2,1 cm |
| 5 mm | 9 mm | environ 2,7 cm |
| 8 mm | 12 mm | environ 3,6 cm |
Comment la cicatrice évolue-t-elle au fil des mois ?
Au début, la cicatrice est une fine ligne suturée, parfois couverte d’une croûte. Les premiers mois, elle reste rosée ou rouge et un peu ferme : c’est une cicatrice jeune, pas un échec. Quand une cicatrice chirurgicale s’élargit, cela survient en général dans les trois semaines qui suivent l’opération [5].
Chez 58 hommes volontaires sains, dont des incisions de 1 cm au bras ont été photographiées chaque mois pendant un an, la maturation s’est faite par étapes sur environ un an, plus lentement avant 30 ans et plus vite après 55 ans [2]. Beaucoup de cicatrices mettent deux à trois ans à pâlir, et mieux vaut attendre environ un an avant de juger leur aspect [5].

| Période | Ce que l’on fait |
|---|---|
| Premiers jours | Soins du pansement selon les consignes du chirurgien ; ne pas gratter ni arracher la croûte |
| Premières semaines | Retrait des fils à la date fixée par le chirurgien ; éviter de tirer sur la cicatrice |
| Premiers mois | Protéger du soleil, hydrater ; signaler un relief qui s’étend |
| Vers un an et au-delà | Faire le point avec le chirurgien sur une cicatrice mature |
Quels facteurs influencent la cicatrisation et l’aspect de la cicatrice ?
À geste identique, deux cicatrices peuvent évoluer très différemment.
| Facteur | Effet observé | Source |
|---|---|---|
| Zone et tension de la peau | Cicatrices en général moins favorables sur l’épaule et le sternum ; réduire la tension fait partie de la prévention | [5] [10] |
| Visage | Cicatrice plus souvent imperceptible au visage après rasage (série de 204 nævus) | [8] |
| Âge | Maturation plus lente avant 30 ans ; cicatrisation en général moins bonne chez les adolescents et jeunes adultes ; chéloïdes surtout de 10 à 30 ans (puberté, grossesse) | [2] [5] |
| Tabac | Complications de cicatrisation, et non aspect de la cicatrice : retard ou réouverture de la plaie (rapport de cotes 2,07) et infection (1,79) plus fréquents ; méta-analyse, toutes chirurgies | [3] |
| Soleil | Cicatrices plus pigmentées à 12 semaines après exposition aux UV, avec ou sans suture ; plus étendues et plus disgracieuses sans suture | [9] |
| Antécédents, peau foncée | Risque accru de cicatrice anormale, notamment de chéloïde | [5] |
À RETENIR
Avant l’intervention, signalez au chirurgien vos antécédents de cicatrice épaisse ou de chéloïde, personnels ou familiaux, ainsi que votre tabagisme.
Comment soigner et protéger sa cicatrice après l’ablation ?
Soleil. Dans un essai randomisé chez 14 hommes volontaires non fumeurs (petites plaies de biopsie sur les fesses), les UV reçus après l’opération ont aggravé l’aspect des cicatrices à 12 semaines [9]. Laissées ouvertes, elles étaient plus colorées, un peu plus étendues et jugées plus disgracieuses. Suturées, elles étaient plus colorées et plus pigmentées, sans être jugées globalement plus disgracieuses. Les recommandations d’un groupe international de 24 experts, résumées par Monstrey et al., incluent la protection de la cicatrice jeune contre les UV, ainsi que la réduction de la tension, le taping (bandes adhésives) et l’hydratation [10].
Silicone. En feuille ou en gel, il est présenté par ces recommandations comme l’option de première intention contre les cicatrices hypertrophiques et les chéloïdes [10]. Les revues Cochrane sont plus prudentes : preuve faible en prévention chez les personnes à risque (20 essais, 873 personnes, prévention et traitement confondus) [11] ; certitude faible ou très faible pour le traitement des cicatrices hypertrophiques (13 essais randomisés) [12]. Son usage se décide avec le chirurgien.
Massages, crèmes et autres techniques sont détaillés dans notre article sur les moyens d’améliorer la cicatrisation après une chirurgie.
Ma cicatrice gonfle : est-elle hypertrophique ou chéloïde ?
Une cicatrice qui gonfle n’est pas forcément une chéloïde [5] :
- la cicatrice hypertrophique est en relief, mais reste dans les limites de la plaie et régresse en général d’elle-même ;
- la chéloïde déborde sur la peau saine, continue de grossir et ne régresse pas. On ne parle guère de chéloïde avant qu’une cicatrice soit présente depuis au moins un an.

Que faire ? Consultez tôt. Les injections de corticoïdes, très utilisées, peuvent amincir la peau, faire fondre la graisse ou modifier la pigmentation. Retirée par simple exérèse chirurgicale, une chéloïde récidive dans 50 à 80 % des cas, selon la revue du BMJ [5]. Causes et traitements sont détaillés dans notre article sur la cicatrice chéloïde.
Exérèse, rasage ou laser : quelle cicatrice selon la technique ?
L’exérèse en fuseau suturée retire toute la lésion avec ses marges : la cicatrice est linéaire et plus longue, mais la pièce entière peut être analysée.
Le rasage, surtout proposé pour un grain de beauté en relief, tranche la lésion à ras de la peau ; la plaie cicatrise seule. Or, dans l’essai cité plus haut, les UV ont surtout aggravé l’aspect des plaies laissées ouvertes [9].
Dans un essai randomisé portant sur 145 nævus intradermiques non pigmentés (couleur chair) du visage ou du dos, le rasage laissait des cicatrices plus petites et satisfaisait davantage les patients [4]. En revanche, les marges étaient plus souvent atteintes, et toutes les récidives (11,7 % des nævus) sont survenues après rasage. Une série de 204 nævus rasés rapporte 19,6 % de récidives à trois mois, mais 98 % des patients y trouvaient l’aspect de la cicatrice préférable à celui du grain de beauté d’origine [8].
Le laser ou l’électrocoagulation détruisent le tissu : il ne reste rien à analyser. Une destruction ne se discute que pour une lésion dont la bénignité est certaine, à l’appréciation du médecin. Les signes d’alerte d’un grain de beauté suspect sont détaillés dans un article dédié.

| Technique | Cicatrice | Analyse de la lésion |
|---|---|---|
| Exérèse en fuseau suturée | Linéaire, plus longue [1] [4] | Lésion entière analysable |
| Rasage | Plus petite ; récidives plus fréquentes [4] [8] | Possible, marges plus souvent atteintes [4] |
| Laser, électrocoagulation | Variable selon la technique | Aucune : le tissu est détruit |
Une tache réapparaît dans la cicatrice : que faire ?
Après un retrait incomplet, le nævus peut repousser dans la cicatrice. La grande majorité de ces nævus récidivants se reconnaît facilement au microscope. Mais, analysé sans connaître le premier prélèvement, un nævus récidivant peut ressembler à un mélanome en régression [13]. Conservez donc le compte rendu d’anatomopathologie et montrez toute repigmentation au médecin.
La surveillance de vos autres grains de beauté est présentée sur la page dépistage des grains de beauté.
Quand faut-il consulter pour une cicatrice après un grain de beauté ?
Consultez si :
- la cicatrice s’épaissit, durcit ou gonfle au lieu de s’affiner ;
- elle déborde les limites de la plaie ;
- rougeur, douleur ou démangeaisons persistent ou augmentent ;
- la plaie ne se referme pas, suinte ou saigne ;
- une tache pigmentée réapparaît dans la cicatrice.
Si elle est simplement jugée trop visible, une amélioration ne se discute qu’une fois la cicatrice mature, souvent autour d’un an [5]. Les techniques de correction d’une cicatrice inesthétique sont présentées sur la page dédiée. Pour un examen, vous pouvez prendre rendez-vous au cabinet, 11 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8e.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il protéger la cicatrice du soleil ?
Les recommandations visent la cicatrice « jeune » [10] : tant qu’elle reste rosée, couvrez-la ou appliquez un écran. Le chirurgien précise la durée.
Ma cicatrice est dure, douloureuse ou me démange : est-ce normal ?
Les premiers mois, une cicatrice jeune est souvent un peu ferme, et une gêne passagère est possible. Si la douleur ou les démangeaisons persistent, ou si un relief rouge s’étend, consultez : cela peut signaler une cicatrice hypertrophique ou une chéloïde [5].
Mon grain de beauté a été arraché accidentellement : que faire ?
Nettoyez, comprimez si la plaie saigne, couvrez d’un pansement, puis consultez : le médecin vérifie s’il reste une partie de la lésion à retirer et à analyser. Apportez le fragment si vous l’avez gardé.
Peut-on faire du sport après l’ablation ?
Oui, à la date fixée par le chirurgien. D’ici là, évitez les gestes qui étirent la cicatrice : réduire la tension de la peau fait partie des mesures recommandées pour limiter le risque de cicatrice anormale [10].
AVERTISSEMENT
Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation et ne permet pas de juger à distance une cicatrice ou une lésion. En cas de doute, consultez.
Références
- Moody BR, McCarthy JE, Sengelmann RD. The apical angle: a mathematical analysis of the ellipse. Dermatol Surg. 2001;27(1):61-63. PMID : 11231247. Analyse géométrique des excisions elliptiques publiées.
- Bond JS, Duncan JAL, Sattar A, et al. Maturation of the human scar: an observational study. Plast Reconstr Surg. 2008;121(5):1650-1658. DOI : 10.1097/PRS.0b013e31816a9f6f. PMID : 18453989. Étude observationnelle : 58 hommes volontaires sains, incisions de 1 cm à la face interne du bras, suivi mensuel sur 12 mois.
- Sørensen LT. Wound healing and infection in surgery. The clinical impact of smoking and smoking cessation: a systematic review and meta-analysis. Arch Surg. 2012;147(4):373-383. DOI : 10.1001/archsurg.2012.5. PMID : 22508785. Revue systématique et méta-analyse : 140 études de cohorte (479 150 patients) et 4 essais randomisés.
- Camini L, Manzoni APD, Weber MB, et al. Shave excision versus elliptical excision of nonpigmented intradermal melanocytic nevi: comparative assessment of recurrence and cosmetic outcomes. Dermatol Surg. 2021;47(2):e21-e25. DOI : 10.1097/DSS.0000000000002666. PMID : 32932273. Essai randomisé : 45 patients (86,7 % de femmes, 52 ans en moyenne), 145 nævus intradermiques non pigmentés du visage ou du dos, suivi à 3, 6 et 9 mois.
- Bayat A, McGrouther DA, Ferguson MWJ. Skin scarring. BMJ. 2003;326(7380):88-92. DOI : 10.1136/bmj.326.7380.88. PMID : 12521975. Revue clinique.
- Ogawa R. Keloid and hypertrophic scars are the result of chronic inflammation in the reticular dermis. Int J Mol Sci. 2017;18(3):606. DOI : 10.3390/ijms18030606. PMID : 28287424. Revue.
- Institut national du cancer (INCa). Mélanomes cutanés — du diagnostic au suivi. Outil pour la pratique des médecins généralistes, mis à jour le 1er juillet 2024. cancer.fr
- Ferrandiz L, Moreno-Ramirez D, Camacho FM. Shave excision of common acquired melanocytic nevi: cosmetic outcome, recurrences, and complications. Dermatol Surg. 2005;31(9 Pt 1):1112-1115. DOI : 10.1097/00042728-200509000-00005. PMID : 16164859. Série de 204 nævus rasés, sans groupe témoin, contrôle à 3 mois.
- Due E, Rossen K, Sorensen LT, et al. Effect of UV irradiation on cutaneous cicatrices: a randomized, controlled trial with clinical, skin reflectance, histological, immunohistochemical and biochemical evaluations. Acta Derm Venereol. 2007;87(1):27-32. DOI : 10.2340/00015555-0154. PMID : 17225012. Essai randomisé contrôlé : 14 hommes volontaires sains non fumeurs, plaies de biopsie au punch (5 et 6 mm) sur les fesses, suturées ou laissées ouvertes.
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- O’Brien L, Jones DJ. Silicone gel sheeting for preventing and treating hypertrophic and keloid scars. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(9):CD003826. DOI : 10.1002/14651858.CD003826.pub3. PMID : 24030657. Revue systématique Cochrane : 20 essais, 873 personnes (prévention et traitement).
- Jiang Q, Chen J, Tian F, Liu Z. Silicone gel sheeting for treating hypertrophic scars. Cochrane Database Syst Rev. 2021;9:CD013357. DOI : 10.1002/14651858.CD013357.pub2. PMID : 34564840. Revue systématique Cochrane : 13 essais randomisés (traitement des cicatrices hypertrophiques).
- King R, Hayzen BA, Page RN, et al. Recurrent nevus phenomenon: a clinicopathologic study of 357 cases and histologic comparison with melanoma with regression. Mod Pathol. 2009;22(5):611-617. DOI : 10.1038/modpathol.2009.22. PMID : 19270643. Étude clinicopathologique : 357 nævus récidivants comparés à 34 mélanomes en régression.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier est chirurgien plasticien à Paris, ancien chef de clinique-assistant des Hôpitaux de Paris (RPPS 10100674943). Il réalise l’exérèse chirurgicale des lésions cutanées, dont les grains de beauté, avec une attention particulière portée à la qualité de la fermeture et au suivi de la cicatrice.
Cabinet : 11 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Découvrir le parcours du Dr Stroumza-Escoffier.
Contenu révisé médicalement par le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier. Dernière mise à jour : septembre 2026.
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation médicale.



