Révisé médicalement par le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier, chirurgien plasticien à Paris 8 — RPPS 10100674943. Dernière révision : septembre 2026.
DÉFINITION
La chirurgie cutanée sous anesthésie locale consiste à retirer une lésion de la peau (grain de beauté, kyste, lipome, petite tumeur) en n’endormant que la zone à opérer, par une injection. C’est le mode d’anesthésie de la plupart des petites exérèses de chirurgie dermatologique.
RÉPONSE COURTE
Vous restez éveillé : seule la zone est endormie. La plupart des petites lésions se retirent ainsi, sans hospitalisation, et vous repartez le jour même avec un pansement. L’injection pique et brûle quelques secondes ; ensuite, on perçoit une pression ou une traction, mais le geste n’est normalement pas douloureux.
CHIFFRES CLÉS
- Une complication, le plus souvent mineure, dans 6 % des 3 788 actes de chirurgie dermatologique sous anesthésie locale (kystes sébacés exclus) ; 22 actes, moins de 1 %, ont nécessité un antibiotique ou une reprise (étude prospective française) [1].
- Moins de 1 % d’allergie immédiate vraie (IgE) chez les patients adressés pour une allergie suspectée à un anesthésique local (revue de 23 séries, 2 978 patients) [4].
- 0,89 % d’hémorragie chez 1 911 patients, alors que 46 % d’entre eux prenaient au moins un anticoagulant ou un antiplaquettaire (38 % un seul, 8 % deux ou plus) [2].
À RETENIR
Signalez tout traitement qui fluidifie le sang (anticoagulant, antiplaquettaire comme l’aspirine) et ne l’arrêtez jamais de vous-même : la décision se prend avec le chirurgien et le médecin qui l’a prescrit.
Avant de se faire retirer un grain de beauté, un kyste ou un lipome, c’est souvent l’anesthésie qui inquiète, plus que le geste lui-même.
Le geste change-t-il selon la lésion ?
Le geste dépend de la taille, de la profondeur et de la localisation de la lésion. Chaque type de lésion a sa page dédiée.
| Lésion | Geste habituel | Page à consulter |
|---|---|---|
| Grain de beauté (nævus) | Exérèse puis fermeture, avec analyse de la lésion | Exérèse d’un grain de beauté |
| Kyste | Retrait complet du kyste et de sa paroi, en dehors d’une poussée inflammatoire | Retrait d’un kyste |
| Lipome | Exérèse complète des petits lipomes, au cabinet ou en clinique | Opération d’un lipome |
| Carcinome cutané | Exérèse avec une marge de peau saine, puis suture, greffe ou lambeau | Chirurgie du carcinome cutané |
| Acrochordon | Retrait aux ciseaux stériles lorsqu’une exérèse est indiquée | Acrochordons |
| Kératose séborrhéique | Exérèse dans certains cas ; d’autres techniques existent (cryothérapie, curetage) | Kératoses séborrhéiques |
Dans quels cas l’anesthésie locale ne suffit-elle pas ?
- Un gros lipome (plus de 5 cm) ou profond : IRM préalable, et intervention parfois sous anesthésie générale en ambulatoire.
- Une reconstruction étendue (large greffe ou lambeau).
- Un patient qui ne peut pas rester immobile, ou très anxieux : une autre prise en charge se discute.
- Une allergie documentée à un anesthésique local : un avis allergologique peut être demandé avant l’intervention.
Le choix revient au chirurgien après l’examen.
Comment se préparer : faut-il être à jeun, arrêter ses traitements, venir accompagné ?
Le jeûne. Les consignes de jeûne vous sont remises en consultation : elles tiennent compte du geste prévu et d’un éventuel médicament contre l’anxiété. Suivez-les à la lettre.
Les traitements. Apportez la liste de vos médicaments, en particulier anticoagulants, antiplaquettaires (dont l’aspirine) et anti-inflammatoires. Pour les antivitamines K (AVK), la Haute Autorité de santé classe la chirurgie cutanée parmi les actes à saignement faible et facile à contrôler. On peut opérer sans arrêter le traitement si deux conditions sont réunies. L’INR, contrôlé avant le geste, doit être compris entre 2 et 3. Aucun autre médicament ni aucune maladie ne doit perturber la coagulation [3]. Cette recommandation ne concerne que les AVK.
Dans une série américaine de 1 911 patients, ceux qui prenaient à la fois du clopidogrel et de la warfarine avaient 40 fois plus de complications hémorragiques que les autres. Les auteurs recommandent pourtant de poursuivre ces traitements pour éviter les thromboses [2].
L’accompagnement. Prévoyez d’être raccompagné si le pansement gêne la vue ou les mouvements (paupière, main, pied) ou après un médicament contre l’anxiété : la conduite est alors déconseillée. Signalez tout malaise passé lors d’une prise de sang ou chez le dentiste.
Que ressent-on pendant l’anesthésie locale ?
L’anesthésique local, en général de la lidocaïne, est injecté autour de la lésion avec une aiguille fine. La piqûre et une brève brûlure durent quelques secondes, puis la zone s’engourdit. Pendant le geste, on perçoit une pression ou une traction, mais normalement pas de douleur. Si une douleur apparaît, dites-le : l’anesthésie peut être complétée.

Le produit contient souvent de l’adrénaline à très faible dose : elle resserre les petits vaisseaux, la plaie saigne moins et l’anesthésie dure plus longtemps. Longtemps déconseillée au nez et à l’oreille, elle y a été utilisée chez 10 201 patients d’un service de dermatologie allemand, sans complication due à l’adrénaline [6]. Son effet s’installe progressivement : dans un essai sur 12 volontaires injectés au bras, la quantité de sang dans la peau, mesurée par spectroscopie, était au plus bas en moyenne 25,9 minutes après l’injection [7].
Peut-on être allergique à l’anesthésie locale ?
C’est rare. Une revue de 23 séries (2 978 patients adressés pour une allergie suspectée) ne retrouve une allergie immédiate vraie (IgE) que chez 29 d’entre eux, soit moins de 1 % [4]. Dans une clinique d’allergologie danoise, aucun des 164 patients testés n’a réagi au test de provocation ; un autre allergène a été trouvé chez 10 % d’entre eux [5].
En chirurgie cutanée, la plupart des complications liées à l’anesthésie sont des malaises vagaux : 51 sur 54 dans l’étude française [1]. Ce malaise (pâleur, sueurs, nausée, parfois brève perte de connaissance) n’est pas une allergie, pas plus que les palpitations dues à l’adrénaline. Un malaise passé, chez le dentiste par exemple, ou une allergie documentée par un allergologue doivent tout de même être signalés avant l’intervention.
Comment se déroule la séance, étape par étape ?
- Vérifications : lésion à retirer, traitements, allergies, consentement.
- Marquage du tracé, orienté selon les lignes de tension de la peau.
- Désinfection et pose d’un champ stérile.
- Anesthésie par une ou plusieurs injections.
- Exérèse, souvent en forme de fuseau pour refermer en ligne droite.
- Hémostase par compression ou coagulation.
- Fermeture par points résorbables profonds et points de surface ou, si la perte de peau est trop grande, par greffe de peau ou lambeau local.
- Pansement et consignes écrites.
- Envoi de la pièce au laboratoire d’anatomopathologie : c’est la règle pour un grain de beauté ou un lipome ; pour les autres lésions, le chirurgien vous l’indique.

La durée va de quelques minutes pour une petite exérèse à nettement plus pour un lambeau ou une greffe.
Comment reçoit-on le résultat de l’analyse ?
Le pathologiste examine la pièce au microscope et rédige un compte rendu : nature de la lésion, présence ou non de cellules cancéreuses et marge de peau saine laissée autour de la lésion. Pour un cancer, ce document précise aussi le stade et guide un éventuel traitement complémentaire [9]. Le résultat vous est remis lors d’une consultation après l’intervention ; le délai dépend du laboratoire. Si une lésion pigmentée vous inquiète, voir les signes d’alerte d’un grain de beauté suspect.
Que se passe-t-il après : douleur, pansement, douche, fils, reprise des activités ?
- Douleur : quand l’anesthésie se dissipe, une gêne apparaît, en général soulagée par les antalgiques prescrits. Pour calmer la douleur, n’ajoutez ni aspirine ni anti-inflammatoire sans avis médical ; si vous prenez de l’aspirine chaque jour pour le cœur ou les vaisseaux, ne l’arrêtez pas de vous-même. Après une exérèse plus profonde, la zone peut rester sensible quelques jours.
- Douche et pansement : un essai randomisé a porté sur 857 patients après une petite exérèse cutanée. Mouiller la plaie dans les 48 premières heures n’a pas augmenté les infections, par rapport à une plaie gardée sèche et couverte [8]. Les consignes du cabinet restent la référence.
- Fils : résorbables, ils disparaissent seuls ; sinon, ils sont retirés après un délai qui dépend de la zone et qui vous est indiqué le jour de l’intervention.
- Activités : évitez les efforts qui tirent sur la cicatrice et protégez-la du soleil ; voir aussi comment améliorer sa cicatrisation.
- Arrêt de travail : il n’est pas systématique. Il dépend de la zone, de la taille de la plaie et de votre métier.

Quels sont les risques d’une chirurgie cutanée sous anesthésie locale ?
Comme toute chirurgie, l’exérèse cutanée comporte des risques, le plus souvent mineurs, mais pas toujours.
| Risque | Fréquence observée | Ce qui le limite |
|---|---|---|
| Saignement, hématome | 3 % des actes (France, 3 788 actes) [1] ; 0,89 % d’hémorragie (États-Unis, 1 911 patients) [2] | Signaler ses traitements, compression, pansement, repos de la zone |
| Infection | 2 % des patients, surtout des suppurations superficielles (92 % des infections) [1] ; 1,3 %, mais plus de 3 % au cuir chevelu, au dos, à la jambe et sur les organes génitaux [2] | Asepsie, soins propres, surveillance de la plaie |
| Malaise vagal | 51 malaises pour 3 788 actes (environ 1,3 %), soit 51 des 54 complications liées à l’anesthésie [1] | Geste en position allongée, antécédent signalé, lever progressif |
| Nécrose partielle d’une greffe ou d’un lambeau | 8,6 % des greffes et 1,7 % des lambeaux ; 20 % des greffes au cuir chevelu et 10 % au nez [2] | Choix de la technique, respect du pansement et des consignes |
| Désunion, cicatrice élargie, hypertrophique ou chéloïde | Variable selon la zone et le terrain | Tracé dans les lignes de tension, pas d’effort précoce, protection solaire |
| Récidive d’un kyste ou d’un lipome | Pas de chiffre retenu dans cet article | Exérèse complète, paroi du kyste comprise |
Une cicatrice gênante peut faire l’objet d’une reprise de cicatrice.
Quand faut-il recontacter le cabinet après l’intervention ?
Recontactez le cabinet si vous constatez :
- un saignement qui ne cède pas à une compression ferme et prolongée ;
- un gonflement rapide, tendu ou douloureux, qui peut signaler un hématome ;
- une rougeur chaude qui s’étend autour de la cicatrice ;
- un écoulement de pus ou de la fièvre ;
- une douleur qui augmente au lieu de diminuer ;
- une cicatrice qui s’ouvre.
Les coordonnées du cabinet figurent sur la page contact. En cas de malaise grave ou de gêne respiratoire, appelez le 15.
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Questions fréquentes
Combien de temps dure l’effet de l’anesthésie ?
L’engourdissement se dissipe progressivement dans les heures qui suivent ; l’adrénaline, lorsqu’elle est ajoutée au produit, prolonge cet effet [6].
Peut-on retirer plusieurs lésions dans la même séance ?
Souvent, si elles sont petites. Le chirurgien tient compte de la quantité totale d’anesthésique, qui est limitée, et de la durée du geste.
Peut-on se baigner (piscine, mer) après l’intervention ?
Pas tant que la plaie n’est pas refermée : l’essai cité plus haut concerne une plaie mouillée, pas un bain prolongé. Le chirurgien vous indique quand reprendre la baignade.
Faut-il venir sans maquillage ni bijoux ?
Sur la zone à opérer, de préférence oui : la peau doit être propre avant la désinfection. Les consignes remises en consultation le précisent.
L’intervention est-elle remboursée ?
Cela dépend de l’acte et de son motif, médical ou esthétique : voir tarifs et remboursements. Les modalités sont précisées en consultation, où un devis personnalisé vous est remis.
AVERTISSEMENT
Cet article informe et ne remplace pas une consultation. Les chiffres cités viennent d’études publiées, pas des résultats d’un cabinet.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier est chirurgien plasticien, qualifié en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, ancien chef de clinique-assistant des hôpitaux de Paris (RPPS 10100674943). Il opère au centre de chirurgie dermatologique, 11 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8e.
Références
- Amici JM, Rogues AM, Lasheras A, et al. A prospective study of the incidence of complications associated with dermatological surgery. Br J Dermatol. 2005;153(5):967-71. Étude prospective multicentrique française (84 dermatologues), 3 788 actes, kystes sébacés et pyodermites exclus. PMID 16225607. DOI 10.1111/j.1365-2133.2005.06861.x.
- Bordeaux JS, Martires KJ, Goldberg D, et al. Prospective evaluation of dermatologic surgery complications including patients on multiple antiplatelet and anticoagulant medications. J Am Acad Dermatol. 2011;65(3):576-83. Étude prospective monocentrique, 1 911 patients. PMID 21782278. DOI 10.1016/j.jaad.2011.02.012.
- Haute Autorité de santé. Prise en charge des surdosages, des situations à risque hémorragique et des accidents hémorragiques chez les patients traités par antivitamines K en ville et en milieu hospitalier. Synthèse des recommandations, 2008.
- Bhole MV, Manson AL, Seneviratne SL, Misbah SA. IgE-mediated allergy to local anaesthetics: separating fact from perception: a UK perspective. Br J Anaesth. 2012;108(6):903-11. Revue de la littérature, 23 séries, 2 978 patients. PMID 22593127. DOI 10.1093/bja/aes162. Erratum : Br J Anaesth. 2012;109(4):669.
- Kvisselgaard AD, Mosbech HF, Fransson S, Garvey LH. Risk of immediate-type allergy to local anesthetics is overestimated: results from 5 years of provocation testing in a Danish allergy clinic. J Allergy Clin Immunol Pract. 2018;6(4):1217-23. Étude rétrospective monocentrique, 164 patients. PMID 28988784. DOI 10.1016/j.jaip.2017.08.010.
- Häfner HM, Röcken M, Breuninger H. Epinephrine-supplemented local anesthetics for ear and nose surgery: clinical use without complications in more than 10,000 surgical procedures. J Dtsch Dermatol Ges. 2005;3(3):195-9. Série clinique, 10 201 patients. PMID 16372813. DOI 10.1111/j.1610-0378.2005.04758.x.
- McKee DE, Lalonde DH, Thoma A, et al. Optimal time delay between epinephrine injection and incision to minimize bleeding. Plast Reconstr Surg. 2013;131(4):811-4. Essai randomisé en triple aveugle, 12 volontaires. PMID 23249984. DOI 10.1097/PRS.0b013e3182818ced.
- Heal C, Buettner P, Raasch B, et al. Can sutures get wet? Prospective randomised controlled trial of wound management in general practice. BMJ. 2006;332(7549):1053-6. Essai randomisé multicentrique, 857 patients. PMID 16636023. DOI 10.1136/bmj.38800.628704.AE.
- Institut national du cancer. Le suivi post-opératoire. Mis à jour le 1er avril 2015.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation médicale.



