Dermatologue ou chirurgien : qui consulter pour une lésion cutanée ?

Lésion de la peau : médecin traitant, dermatologue ou chirurgien plasticien ? Qui examine, qui opère, parcours de soins, remboursement et signes d’alerte.
Examen d’une tache pigmentée au dermoscope

Révisé médicalement par le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier, chirurgien plasticien à Paris 8 — RPPS 10100674943. Dernière révision : septembre 2026.

DÉFINITION

Le dermatologue est le médecin spécialiste des maladies de la peau. Le chirurgien plasticien est un chirurgien qualifié en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, spécialiste de la réparation des tissus.

RÉPONSE COURTE

Pour faire examiner une lésion de la peau, adressez-vous d’abord à votre médecin traitant ou à un dermatologue. Si la lésion doit être retirée avec une marge de sécurité, ou si la plaie demande une fermeture ou une reconstruction, surtout au visage, un chirurgien plasticien peut prendre le relais. En cas de cancer, le dossier est discuté, ou au moins enregistré, en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).

Dermatologue, chirurgien plasticien, médecin traitant : qui fait quoi pour la peau ?

Face à une lésion de la peau, on ne sait pas toujours à quelle porte frapper : dermatologue, « chirurgien dermatologue », chirurgien plasticien ? En pratique, la chirurgie dermatologique fait intervenir plusieurs médecins dont les rôles se complètent.

  • Le médecin traitant est votre premier interlocuteur. S’il observe une lésion suspecte, il vous adresse à un dermatologue pour un examen plus approfondi[1][3].
  • Le dermatologue est, selon l’Institut national du cancer (INCa), « le spécialiste des maladies de la peau ». Il examine l’ensemble du corps, confirme ou non une suspicion de cancer et retire une lésion suspecte s’il l’estime nécessaire[3][4].
  • Le chirurgien plasticien intervient quand le retrait d’une lésion pose une question de réparation : marge de sécurité, zone difficile à refermer, cicatrice très visible.
Parcours pour une lésion de la peau : médecin traitant, dermatologue, retrait de la lésion si besoin, analyse au laboratoire et réunion de concertation pluridisciplinaire en cas de cancer
Figure 1 — Parcours habituel devant une lésion de la peau : le médecin traitant oriente, le dermatologue examine la peau et retire la lésion si besoin, le chirurgien plasticien intervient quand la réparation est délicate, et tout cancer est présenté ou enregistré en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP). Repères généraux, qui ne remplacent pas l’avis médical.

Que fait le dermatologue face à une lésion de la peau ?

Le dermatologue examine toute la peau, pas seulement la lésion qui vous amène. Il s’aide au besoin d’un dermoscope, une loupe éclairante et très grossissante, et, si vous avez de nombreux grains de beauté, peut les prendre en photo pour suivre leur évolution[4]. Cet examen est au cœur du dépistage des grains de beauté.

Devant une lésion suspecte, il vous propose soit de la surveiller, soit de la retirer sous anesthésie locale pour la faire analyser. Selon l’INCa, cette intervention peut avoir lieu à son cabinet ou à l’hôpital, sans hospitalisation[4]. Il évalue aussi la fréquence à laquelle votre peau doit être surveillée[4].

CHIFFRES CLÉS

  • Sur 100 mélanomes, l’examen à l’œil nu complété par la dermoscopie en repérait environ 92 en consultation, contre 76 à l’œil nu seul, à taux de fausses alertes identique (revue Cochrane : 26 évaluations et 23 169 lésions avec dermoscopie, 13 évaluations et 6 740 lésions sans)[7].
  • La dermoscopie était plus performante entre des mains expérimentées ; les données en médecine générale restent limitées[7].
  • Personnes à risque : selon l’INCa, il est généralement recommandé de se faire examiner la peau au moins une fois par an et de pratiquer un auto-examen tous les trois mois[4].
Examen d’un grain de beauté à l’œil nu puis au dermoscope : environ 76 mélanomes repérés sur 100 à l’œil nu, environ 92 avec la dermoscopie
Figure 3 — Dans la revue Cochrane de 2018, l’examen à l’œil nu complété par la dermoscopie repérait en consultation environ 92 mélanomes sur 100, contre 76 à l’œil nu seul, avec le même taux de fausses alertes. La dermoscopie était plus performante entre des mains expérimentées. Illustration pédagogique.

Quand l’avis d’un chirurgien plasticien est-il utile ?

Retirer une lésion crée une perte de peau qu’il faut refermer. L’avis d’un chirurgien plasticien est utile quand cette réparation devient le cœur du problème :

  • une exérèse élargie, c’est-à-dire un retrait chirurgical avec une marge de peau saine, par exemple pour un mélanome : la taille de cette marge dépend de l’épaisseur de la tumeur et de sa localisation, notamment au visage ou aux extrémités[5] ;
  • une lésion située là où la peau manque et où la cicatrice se voit : nez, paupières, lèvres, oreilles.

L’INCa décrit plusieurs techniques de fermeture[5] :

  • la suture simple, qui rapproche les bords de la plaie (dos, ventre) ;
  • la cicatrisation dirigée sous pansements, indiquée par exemple sur la pointe du nez ou le haut du front ;
  • la greffe de peau, prélevée sur le patient lui-même, quand la plaie ne peut pas être refermée directement ;
  • le lambeau, plus rare : une peau voisine, qui garde ses vaisseaux, est pivotée pour couvrir la plaie.
Quatre façons de refermer la peau après le retrait d’une lésion : suture simple, cicatrisation dirigée, greffe de peau et lambeau
Figure 2 — Quatre façons de refermer la peau après une exérèse, décrites par l’INCa : suture simple, cicatrisation dirigée sous pansements, greffe de peau prélevée sur le patient lui-même quand la plaie ne peut pas être refermée directement, et lambeau, plus rare, de peau voisine qui garde ses vaisseaux. Schéma pédagogique.

Ces gestes ont leurs risques : nécrose partielle d’une greffe (la zone cicatrise alors sous pansements) ou d’un lambeau (une nouvelle intervention est parfois nécessaire), cicatrice hypertrophique ou chéloïde, plus fréquente sur les oreilles, le thorax, les épaules, les genoux et chez les personnes à peau foncée[5]. La greffe peut d’ailleurs être réalisée « par un dermatologue ou un chirurgien », selon l’INCa[5]. Voir aussi la chirurgie réparatrice après exérèse et la reprise de cicatrice.

Faut-il passer par son médecin traitant pour voir un dermatologue ?

Ce n’est pas obligatoire, mais cela change le remboursement. Le parcours de soins coordonnés consiste à consulter d’abord son médecin traitant, qui oriente vers un spécialiste si besoin[1]. Certains spécialistes restent accessibles directement dans le parcours, notamment le gynécologue et l’ophtalmologue (à condition d’avoir déclaré un médecin traitant), ainsi que les chirurgiens-dentistes et les sages-femmes[1]. Le dermatologue ne figure pas dans cette liste, pas plus que le chirurgien plasticien.

Vous pouvez donc prendre rendez-vous directement, mais vous êtes alors hors parcours : l’Assurance maladie rembourse 30 % du tarif conventionnel de la consultation, contre 70 % dans le parcours[2]. Vous êtes toutefois remboursé normalement dans certaines situations, notamment avant 16 ans, en urgence, si votre médecin traitant est absent ou si vous êtes loin de chez vous[1].

Ces taux portent sur le tarif conventionnel : un éventuel dépassement d’honoraires reste à votre charge ou à celle de votre complémentaire santé. Selon l’INCa, la plupart des dermatologues en pratiquent[3]. Pour les actes réalisés au centre, voir la page tarifs et remboursements.

Qui décide du traitement quand la lésion est un cancer ?

Quand l’analyse confirme un cancer de la peau, la proposition de traitement ne repose pas sur un seul médecin. Selon l’INCa, le dossier de tout patient atteint de cancer doit être présenté en RCP au début ou à la modification de son traitement[6]. Une RCP réunit au moins trois spécialistes de deux disciplines différentes[6]. Elle rend un avis ; votre médecin vous présente ensuite une proposition de traitement, et c’est votre accord qui en fait la décision[6].

Il existe une exception. Si le cas relève d’un traitement standard, défini par un référentiel à jour, il peut être traité sans discussion préalable, pour ne pas retarder les soins. Le dossier est alors simplement enregistré en RCP[6].

Pour le carcinome basocellulaire, un type de carcinome cutané, les recommandations européennes de 2023 demandent que les formes « difficiles à traiter » soient discutées en RCP. Elles recommandent aussi de proposer une chirurgie avec contrôle des marges au microscope (chirurgie micrographique) pour les formes à haut risque ou récidivantes et celles situées sur des zones anatomiques critiques[8].

Pour le mélanome sans métastases, la chirurgie est le traitement de référence : une exérèse diagnostique, puis, selon l’épaisseur de la lésion retirée, une exérèse de sécurité, après une consultation « avec le dermatologue ou le chirurgien »[5].

Quels signes doivent faire consulter rapidement ?

L’INCa retient trois repères pour le mélanome : un grain de beauté « pas comme les autres », dit « vilain petit canard » ; une tache brune qui apparaît ou un grain de beauté qui change vite d’aspect ; les signes de la règle ABCDE. Ces signes ne veulent pas forcément dire cancer, mais ils justifient de demander un avis médical sans attendre[4]. L’INCa invite aussi à surveiller l’apparition d’une plaie qui ne guérit pas et d’un bouton ou d’une croûte qui persiste ou s’étend[4]. Les signes d’alerte et la règle ABCDE sont détaillés dans notre article dédié.

À RETENIR

Devant l’un de ces signes, la porte d’entrée compte moins que la rapidité : faites examiner la lésion sans attendre et ne la traitez pas vous-même.

Votre situation : qui voir en premier ?

Repères généraux, qui ne remplacent pas l’avis médical.

Votre situation Premier interlocuteur Si une intervention est nécessaire Page utile
Grain de beauté qui change ou ne ressemble pas aux autres Médecin traitant ou dermatologue, sans attendre Exérèse et analyse, par le dermatologue ou le chirurgien Retrait d’un grain de beauté
Plaie ou croûte qui ne guérit pas, bouton qui persiste Médecin traitant ou dermatologue, sans attendre Exérèse et analyse ; au visage, avis chirurgical possible Traitement du carcinome cutané
Nombreux grains de beauté ou facteurs de risque (suivi) Dermatologue Surveillance ou retrait, selon l’examen Surveillance des grains de beauté
Acrochordon gênant Médecin traitant ou dermatologue, pour confirmer le diagnostic Retrait par un dermatologue ou un chirurgien Retrait des acrochordons
Kératose séborrhéique Médecin traitant ou dermatologue Retrait discuté en cas de gêne ou de doute Traitement des kératoses séborrhéiques
Kyste ou lipome (boule sous la peau) Médecin traitant ou dermatologue Exérèse par un dermatologue ou un chirurgien, selon la taille et la localisation Ablation d’un kyste sébacé · Opération d’un lipome
Cancer confirmé à opérer au visage Le médecin qui a posé le diagnostic ; dossier présenté ou enregistré en RCP Exérèse avec marge, puis fermeture adaptée ; chirurgien plasticien si une reconstruction est nécessaire Reconstruction après un cancer cutané
Cicatrice à reprendre Le médecin qui vous a opéré ou votre dermatologue Traitements locaux ou reprise chirurgicale Traitement des cicatrices

Questions fréquentes

Peut-on aller directement chez un chirurgien plasticien pour retirer une lésion ?

Oui. La consultation est alors hors parcours de soins coordonnés, donc moins bien remboursée, sauf exceptions[1]. Si un examen de toute la peau ou un suivi paraît utile, le chirurgien peut aussi vous adresser à un dermatologue.

Un kinésithérapeute ou un podologue peut-il repérer un mélanome ?

Il peut vous alerter. Avec le soutien de l’INCa, les masseurs-kinésithérapeutes et les pédicures-podologues sont sensibilisés et formés au dépistage des mélanomes. En cas de doute sur une lésion, ils vous invitent à consulter votre médecin[3].

Une photo suffit-elle pour un avis dermatologique ?

Non, une photo ne remplace pas l’examen. Dans la revue Cochrane de 2018, la dermoscopie pratiquée en consultation était plus précise que l’interprétation à distance d’images dermoscopiques[7]. Notre outil d’analyse photo en ligne est un support éducatif sur les critères ABCDE, sans valeur médicale ni diagnostique : quel que soit son résultat, une lésion qui change, saigne ou ne ressemble pas aux autres doit être examinée par un médecin.

Qui vous présente le traitement proposé en cas de cancer ?

Votre médecin référent, c’est-à-dire le praticien en charge de votre parcours de soins. Selon le référentiel de l’INCa, c’est lui qui vous communique l’avis de la RCP, dans le cadre du dispositif d’annonce. S’il vous propose un traitement différent de cet avis, il doit le justifier dans votre dossier[6].

À PROPOS DE L’AUTEUR

Le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier est chirurgien plasticien à Paris 8, qualifié en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, ancien chef de clinique-assistant des hôpitaux de Paris (RPPS 10100674943). Il prend en charge l’exérèse des lésions cutanées et la réparation de la peau.

Cabinet : 11 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

Références

  1. Service-Public.fr (Direction de l’information légale et administrative). Médecin traitant et parcours de soins coordonnés (fiche F163). Vérifié le 21 août 2026.
  2. Service-Public.fr (DILA). Ticket modérateur, forfait et franchises (fiche F165), vérifié le 7 avril 2026 ; Remboursement d’une consultation médicale (fiche F1069), vérifié le 22 décembre 2024.
  3. Institut national du cancer. Dépistage des cancers de la peau : à qui vous adresser ? Mis à jour le 28 mai 2026.
  4. Institut national du cancer. Comment détecte-t-on un cancer de la peau ? Mis à jour le 28 juillet 2022.
  5. Institut national du cancer. L’exérèse chirurgicale de sécurité, mis à jour le 30 juillet 2025 ; Chirurgie du mélanome : préparation et déroulement de l’intervention, mis à jour le 6 août 2025.
  6. Institut national du cancer. La réunion de concertation pluridisciplinaire, mis à jour le 25 juillet 2025 ; référentiel La réunion de concertation pluridisciplinaire en cancérologie, septembre 2023, actualisé en décembre 2023 (p. 13-14, 37, 40-41 et 44-45).
  7. Dinnes J, Deeks JJ, Chuchu N, et al. Dermoscopy, with and without visual inspection, for diagnosing melanoma in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2018;12:CD011902. doi:10.1002/14651858.CD011902.pub2. PMID 30521682. Revue systématique Cochrane d’exactitude diagnostique : 104 publications, 103 cohortes, 42 788 lésions ; comparaison en consultation : 26 évaluations (23 169 lésions) avec dermoscopie, 13 évaluations (6 740 lésions) à l’œil nu seul.
  8. Peris K, Fargnoli MC, Kaufmann R, et al. European consensus-based interdisciplinary guideline for diagnosis and treatment of basal cell carcinoma—update 2023. Eur J Cancer. 2023;192:113254. doi:10.1016/j.ejca.2023.113254. PMID 37604067. Recommandation européenne de consensus interdisciplinaire (EADO, EDF, ESTRO, UEMS, EADV).

Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier, chirurgien plasticien
Rédigé par l'équipe éditoriale du cabinet, relu et validé médicalement par le Dr Nathaniel Stroumza-Escoffier, chirurgien plasticien — RPPS 10100674943
Publié le 8 octobre 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026 · Découvrir le parcours du Dr Stroumza-Escoffier
Sources & références — HAS · SOFCEP · SFCPRE · PubMed · Ordre des Médecins
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation médicale.

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